Présentation et parcours de l’autrice
Pouvez-vous vous présenter ?
Je m’appelle Naomie Lafleur, je suis une Québécoise de 31 ans et je travaille actuellement comme intervenante en supervision des droits d’accès. Je suis une introvertie et une geek qui rêve d’être écrivaine depuis l’âge de 13 ans, lorsque j’ai commencé à lire avec avidité mes premiers romans fantastiques.
Comment avez-vous découvert les Éditions Persée ?
J’ai découvert les Éditions Persée cet été en effectuant des recherches sur divers sites internet et associations d’éditeurs. J’ai fait parvenir mon manuscrit aux éditions Amalthée et quelque temps plus tard, j’ai reçu un courriel de la part des Éditions Persée, qui fait également partie du groupe Docubook. Elle fut la première maison d’édition à m’envoyer une réponse positive et à me proposer un contrat pour publier mon roman.
Qu’est-ce qui vous a motivée à publier votre ouvrage avec les Éditions Persée ?
Ce qui m’a motivée à publier avec les Éditions Persée est d’abord la possibilité de distribuer mon œuvre non seulement au Canada, mais également en France. Puisque mon récit est écrit en français, j’espérais avoir la chance de toucher un public plus large en faisant affaire avec une maison d’édition spécialisée dans les livres francophones. J’apprécie aussi beaucoup le modèle d’édition qu’elle offre et sa vision de l’écriture qui rejoint la mienne.
La genèse du livre
Qu’est-ce qui vous a inspirée pour écrire ce roman autour du Fantôme de l’Opéra ?
L’inspiration pour ce roman m’est venue durant la Covid-19. L’édition du 25e anniversaire du Fantôme de l’Opéra d’Andrew Lloyd Webber fut diffusée en ligne afin de récolter des dons pour aider contre le virus. J’ai été complètement subjuguée par la musique, la beauté des paroles, le jeu d’acteur et l’histoire qui se déroula sous mes yeux. J’ai pensé que c’était exactement le genre d’histoire intemporelle, riche en émotions et expériences qui vaut la peine d’être raconté. J’ai alors ressenti une sorte de frénésie et le profond désir d’écrire une suite pleine d’espoir pour Erik.
D’où vous est venue l’idée de revisiter un personnage aussi emblématique sous un nouveau regard ?
Après avoir regardé la comédie musicale, je me suis mise à dévorer de nombreux récits réinventés sur Le Fantôme de l’Opéra. L’un d’entre eux était la série The Guardian of the Opera écrite par Cheryl Mahoney. J’ai été stupéfaite par la façon dont elle est parvenue à réimaginer ce classique en utilisant les mêmes personnages, mais en leur donnant de nouvelles facettes pour les rendre originaux et captivants. Je me suis alors demandé : et si je créais moi aussi une nouvelle histoire pour le Fantôme ? Une version semblable à aucune autre ?
Pourquoi avoir choisi d’explorer les différentes facettes d’Erik, entre ombre et humanité ?
J’ai toujours voulu explorer le concept de dualité dans mes écrits et le Fantôme de l’Opéra représente un exemple parfait de ce que je recherchais. La plupart des gens reconnaissent le personnage si on leur montre le demi-masque blanc qu’il porte, mais qu’en est-il de l’homme qui se cache derrière ? On ne sait pas tant de choses sur lui. Pourtant, aucun personnage légendaire ne verrait le jour sans l’être humain sur qui il est basé. J’ai donc voulu écrire un récit où les lecteurs pourraient découvrir le Fantôme et Erik comme deux personnalités bien distinctes tout en étant le même individu. Le Fantôme est infaillible, froid et mystérieux tandis qu’Erik est incertain, passionné et capable d’apprendre de ses erreurs.
Sur l’ouvrage et son univers
Pouvez-vous nous présenter votre roman en quelques mots ?
Mon roman raconte l’histoire d’Erik, un génie musical malheureux vivant en exil dans les souterrains de l’opéra et de Melody, une cambrioleuse intrépide en fuite. L’existence solitaire d’Erik se retrouva à jamais changée lorsqu’il sauva la voleuse dont le caractère jovial ne cesse de le prendre au dépourvu. Ensemble, ils apprendront à faire face à leurs démons et déjoueront les manigances de la Tarentule, un redoutable tueur en série.
Comment décririez-vous votre version du personnage d’Erik ?
Ma version d’Erik est celle d’un homme se trouvant au fond du baril. Privé de sa légende et de l’emprise qu’il possédait sur l’opéra, il est devenu un homme amer et alcoolique ayant perdu son amour pour la musique qui était le centre de son univers. Ce que je voulais, c’est prendre un personnage aussi brisé et malheureux et le voir se relever, petit à petit. Recoller les morceaux de son être en apprenant à se défaire de ses regrets et de son chagrin. Erik représente pour moi l’espoir que peu importe les ténèbres qui pèsent sur nous, il est toujours possible de s’en libérer et d’évoluer.
Le titre évoque « les deux visages du fantôme ». Que représentent ces deux facettes pour vous ?
J’ai choisi d’intituler mon livre Les deux visages du fantôme parce que je souhaitais mettre en valeur plusieurs dualités. Tout d’abord, je voulais illustrer la différence entre le personnage craint du Fantôme de l’Opéra et Erik, l’homme simple derrière le masque. Je voulais aussi faire la distinction entre son passé de fauteur de troubles à l’opéra et l’avenir qu’il se forge en tant qu’artiste vivant au grand jour. Pour finir, je voulais séparer Erik et la Tarentule qui sont liés par un passé commun, mais dont les décisions les ont menés sur des chemins diamétralement opposés.
La relation entre Erik et Melody occupe une place importante. Que souhaitiez-vous exprimer à travers ce lien ?
La relation entre Erik et Melody est sans conteste l’un des éléments les plus importants du récit. Ce que je voulais exprimer à travers elle, c’est qu’on peut se reconstruire grâce à la présence et le soutien de quelqu’un. Que deux êtres brisés peuvent trouver ensemble la force d’avancer. Que la rencontre de certaines personnes peut changer notre vie et nous rendre meilleurs.
Votre roman mêle enquête, romance et suspense autour d’un tueur en série. Pourquoi ce choix de mélange des genres ?
J’ai un grand amour pour les bonnes enquêtes, les belles romances et les aventures riches en émotions. J’ai pensé que le mélange de ces genres allait créer un merveilleux récit plein de rebondissements. De plus, il fallait un ennemi suffisamment dangereux pour pouvoir tenir tête au Fantôme de l’Opéra. Qui de mieux qu’un tueur en série aussi fourbe qu’insaisissable pour le repousser dans ses retranchements et le rendre plus fort qu’il ne l’a jamais été ?
L’ambiance sombre des souterrains de l’opéra est très présente. Comment avez-vous travaillé cette atmosphère ?
Les souterrains sont un décor clé représentant le côté sombre et paranoïaque d’Erik qui se considère à part des hommes et cherche à s’en protéger grâce à un dédale de pièges mortels. J’ai décrit cet endroit comme une sorte de barrière entre lui et la surface dont il pense ne jamais pouvoir faire partie à cause de sa difformité. Bien qu’il souhaite vivre en exil, Erik n’aurait jamais pu se contenter d’un refuge froid et lugubre. C’est pour cette raison que j’ai écrit que sa demeure regorge de beautés, de musique, d’arts et de mécanismes ingénieux. Certes, les souterrains de l’opéra sont un lieu dangereux, mais un trésor s’y cache si on a le courage de s’y aventurer comme l’a fait Melody.
Le personnage d’Erik oscille entre violence et protection. Était-il important pour vous de montrer cette dualité ?
En effet, il est important pour moi de montrer le côté à la fois violent et protecteur d’Erik puisqu’il s’agit d’une partie fondamentale de lui. Il faut reconnaître qu’à la base, il n’est pas vraiment une bonne personne. Sa première réaction face au danger et l’inconnu sera probablement toujours la menace et la violence puisque c’est ainsi qu’il a appris à survivre. C’est son mécanisme de défense. Pour lui, il s’agit de la façon la plus efficace de protéger ce qui lui est cher. Apprendre à maîtriser cette violence et la transformer en une autre force représentait son véritable défi.
Le roman semble aussi parler de rédemption et de transformation. Quel message souhaitez-vous transmettre aux lecteurs ?
Ce récit est avant tout une histoire de rédemption pour Erik qui apprend à se racheter pour ses fautes et à faire table rase du passé. Il s’agit aussi d’un voyage qui l’amène à se défaire de celui qu’il était autrefois pour devenir un homme vivant parmi les siens. Ce que je souhaite transmettre aux lecteurs, c’est qu’ils peuvent changer et grandir en apprenant à se pardonner et à aller de l’avant. Rester enchaîné dans le passé ne sert à rien et nous empêche de profiter de ce que l’avenir peut nous offrir.
L’inspiration et l’écriture
Où puisez-vous votre inspiration, notamment pour revisiter des œuvres déjà connues ?
Mon inspiration provient de plusieurs endroits comme les œuvres littéraires réinventées par d’autres auteurs, les interprétations cinématographiques et les chansons. Il suffit parfois d’une scène dans un film ou de la phrase d’une chanson pour me donner une étincelle.
L’univers du Fantôme de l’Opéra a-t-il marqué votre imaginaire depuis longtemps ?
L’univers du Fantôme de l’Opéra est devenu une source d’inspiration pour moi à partir de ce fameux jour où j’ai regardé pour la première fois l’édition du 25e anniversaire.
Comment avez-vous construit l’équilibre entre fidélité à l’œuvre originale et création personnelle ?
Avoir fait plusieurs recherches sur l’œuvre originale de Gaston Leroux m’a beaucoup aidée à comprendre les éléments principaux de l’histoire afin de m’en servir comme base pour mon récit. Lire plusieurs versions réinventées m’a aussi permis de voir les concepts qui avaient tendance à se répéter et les questions qui étaient laissées en suspense. Ce sont vers ces questions que je me suis tournée et auxquelles j’ai voulu répondre pour créer une histoire différente. D’où vient Erik ? Qui étaient ses parents ? A-t-il des frères et sœurs ? Est-il possible pour lui de vivre comme un homme ordinaire et faire découvrir sa musique au monde ? Si oui, comment peut-il y parvenir ?
Je voulais également créer une dynamique différente entre Erik et le personnage féminin principal. Je ne voulais pas d’une artiste au cœur pur capable d’accepter la moindre part d’ombre en lui. Non. Il fallait une femme marginale qui le confronte, le prenne au dépourvu et le force à employer autre chose que son charisme ou les menaces pour interagir avec elle. J’ai tout de suite décidé que Melody serait sourde. Le plus grand atout et attrait du Fantôme est sa voix angélique. Il fallait donc qu’Erik crée un lien significatif avec Melody en étant simplement lui-même, sans utiliser aucun artifice.
Avez-vous une méthode d’écriture particulière ou travaillez-vous de manière intuitive ?
Je commence toujours par rédiger un document réunissant mes principales idées pour le récit ainsi qu’une description des personnages (traits de caractère, particularités physiques, habitudes, buts, etc.). Après cela, j’imagine des scènes bien précises dans mon esprit. En général, je les rejoue dans ma tête avant de m’endormir. C’est un peu comme regarder un film et cela me donne une idée claire de ce que je veux que les personnages disent ou fassent à certains moments. Il reste ensuite à relier ces différentes scènes entre elles de façon à créer une trame fluide. C’est à partir de là que je me mets à écrire de manière intuitive ce qui se passe entre chaque scène importante.
Qu’est-ce qui a été le plus difficile dans l’écriture de ce roman ?
Le plus difficile dans la rédaction de ce roman a été de bien prendre en compte la surdité de Melody dans ses dialogues et interactions avec les autres personnages. Cela n’a pas été évident de décrire ses actions de telle sorte qu’Erik ne découvre sa condition que bien plus tard. Il a fallu aussi que je trouve des alternatives pour que Melody puisse communiquer ou collecter des informations de son environnement quand elle ne pouvait pas se servir de sa vue.
Le travail d’autrice
Qu’est-ce qui vous plaît le plus dans le fait de réinventer des personnages emblématiques ?
Ce qui me plaît le plus dans le fait de réinventer des personnages connus, c’est de leur donner des petits traits, des manies ou des façons d’agir et de penser qui les rendent uniques. Par exemple, le fait qu’Erik ait les yeux rouges ou encore sa manie de tourner la bague de Christine sur son doigt lorsqu’il est nerveux. Ce sont ces détails qui rendent les personnages spéciaux et mémorables.
Quels ont été les principaux défis dans ce projet d’écriture ?
Le principal défi dans ce projet d’écriture a été de bien alterner entre le point de vue d’Erik et celui de Melody en passant d’un chapitre à l’autre. Je devais m’assurer qu’il y ait suffisamment de choses significatives se produisant du côté de chacun d’eux afin de garder le récit intéressant. C’était la première fois que je faisais ça, mais j’ai adoré le processus.
Quel conseil donneriez-vous à quelqu’un qui souhaite écrire une réécriture ou s’inspirer d’un univers existant ?
Mon conseil pour réécrire une œuvre connue ou s’inspirer d’un univers existant est de faire beaucoup de recherches sur ceux-ci afin d’en ressortir les éléments clés à ne pas contourner. Par exemple, je ne peux pas vraiment écrire sur le Fantôme de l’Opéra si je ne lui fais pas porter un masque ou ne lui donne pas un talent exceptionnel pour la musique. Mon autre conseil est de sortir des sentiers battus en explorant des côtés de l’œuvre originale qui ne sont pas abordés ou en répondant à des questions qui sont sans réponses. Par exemple, aucune des versions réinventées que j’ai lues ne parle vraiment de la famille d’Erik. C’est donc un aspect sur lequel j’ai mis beaucoup l’accent dans mon récit.
La suite et les projets
Envisagez-vous de poursuivre cette histoire ou d’explorer davantage cet univers ?
Je suis en train d’écrire une courte histoire bonus sur Erik et Melody qui se produira quelque temps après les événements se déroulant dans Les deux visages du fantôme. Celle-ci portera sur certains éléments du passé de Melody et mettra en scène l’un des moments les plus importants pour Erik dans sa nouvelle vie. Elle sera disponible comme cadeau pour les lecteurs qui s’inscriront à mon infolettre une fois que celle-ci sera créée.
Avez-vous des projets littéraires à venir ?
J’écris présentement une autre histoire réinventée intitulée Jusqu’au tout dernier pétale, inspirée de l’œuvre classique de La Belle et la Bête. Une fois que ce projet sera terminé, j’envisage d’écrire une série de romans fantastiques basés sur les histoires de mes personnages de jeu de rôle.
Pour commander le livre : https://www.editions-persee.fr/librairie/les-deux-visages-du-fantome/
